Métamorphoses du signe hennétial
L'art du henné se métamorphose tout en gardant les traits originels. La contemporanéïté se situe en complémentarité, en enrichissant les motifs, les exaltant dans un espace vierge. Ils déterminent la structure de la peinture.
Intervenant sur un lieu différent, le premier champ contemporain est le support du corps humain : la peau.
La lumière jouant sur le signe peint, crée un espace, où perdure la tradition. Le cheminement vers la réalité hennétiale, est celui de l'appropriation. Il s'agit d'une profonde conviction, relevant de l'esthétique de l'Afrique du nord. Malgré la référence aux oeuvres de Matisse, la question posée est l'intégration des signes , de la matière, des couleurs dans une planéïté, tel un support papier. Cette réflexion est au stade embryonnaire, et la définition de l'oeuvre d'art reste à démontrer.
Les impressions des influences étrangères sont importantes, car tout au long de l'histoire, elles ont été décisives. Dans la culture africaine, la richesse des signes est importante, et lorsqu'il s'agit d'une oeuvre abstraite, la puissance picturale nous apparaît semblable.
Processus de découverte dans l'art hennétial
Dans la définition des essais sur le henné, les questions se sont étrangement posées, trouvant des finalités et surtout une forte coalition entre une matière et des produits différents. La démarche consistait à décrire l'application du henné traditionnellement, en l'accordant à l'art moderne, tout en ne perdant pas de vue, que le graphisme obéit à un répertoire ancestral.
Le développement du travail, à travers une série de planches, ci-incluses, nous permettra de connaître son impact, sur un support différent, sa réaction par rapport à un autre matériau. Le but étant de sortir d'un cadre préalablement fixé, afin de créer un autre champ pictural durable.
Durant toutes ces recherches, le henné fut un allié et aussi un ennemi car au contact de certaines couleurs, il apparaissait et disparaissait ; ce n'est pas par hasard, s'il se perd dans certaines planches et s'affirme dans d'autres. D'autres questions se posèrent selon le principe du changement. La première étape étant celle du support, en l'occurence le corps, et particulièrement les mains ; adapter le henné à un support, où l'effet est différent que celui obtenu sur le support papier.
Ces expériences sont révélatrices de la particularité de chaque dessin, chaque peinture, où la production de henné est plus ou moins importante, ce qui contribue à marquer la place des signes avec un rehaut de matière. la deuxième étape importante est l'apport des couleurs, accentuant le style, en le renforçant pour une création formelle.
Le travail artistique basé sur le henné est un art complet. Ces différentes compositions, hors de la pratique artisanale, ne constituent pas uniquement des éléments décoratifs, mais plutôt des composantes, faisant partie d'un ensemble plastique. Il est intéressant de remarquer, que selon le temps mis à l'utilisation du henné, l'effet produit est différent ; après un laps de temps plus ou moins long, la puissance tonale s'affaiblit, et ne présente aucun intérêt plastique. Le graphisme s'estompe au profit de la matière hennétiale qui, en se mélangeant à la couleur, canalise toute l'énergie.
Ces expériences démontrent que l'on peut aussi bien employer le henné à des fins traditionnelles, que dans l'art plastique contemporain. Dans ces travaux, les impressions picturales dominent et constituent pour la plupart, un affrontement manifeste entre éléments. Affrontement, opposition, conjuguaison, sont les termes référents aux travaux ci-inclus. L'utilisation du henné permet de donner toute la puissance créative sur certaines planches, où la structure est ébauchée.
La clé de l'esthétique hennétiale réside dans la métamorphose des symboles et leur transposition dans un espace de liberté.
Au terme de ces recherches, nous retenons deux oeuvres majeures, témoignant du séjour de Matisse au Maroc, soit :
Le paravent mauresque,
Zorah, la petite mulâtresse.
L'analyse du paravent mauresque donne à voir, un paravent formé de deux panneaux, construisant le fond du tableau. Les motifs de l'un, plus soutenus, creuse le fond, tandis que celui de gauche, portant la réplique des motifs, s'estompe. Le regard se fixe, en premier lieu sur les touches orangées, jaunes, à partir du tapis, du meuble à gauche, le réveil sur la cheminée, et glisse le long des bras des personnages, atteint le guéridon et saute sur le mur central. Trois mouvements circulaires s'exposent, à partir du centre du tableau, le bras replié de la jeune femme, la jupe arrondie, le guéridon de forme semblable, faisant face au miroir ovale, tenu par la femme debout. Le ton évanescent des robes roses est suggéré par les roses du bouquet. Le tapis ocre rouge, à droite du tableau, porte les signes géométriques, comme ceux d'une flore stylisée, s'harmonisant avec les panneaux du paravent, dont la tonalité véridien domine. Les arabesques se déploient dans le champ pictural en un mouvement libre, souple : cercles, croix, points, ligne sinusoïdale. La profusion des motifs présente une analogie avec les symboles hennétials ; c'est dans une semblable anarchie que naît l'intensité du graphisme du henné. De cet univers coloré, formel, poind l'art contemporain.
Zorah, la petite mulâtresse: Cette oeuvre présente une femme assise en tailleur ; les couleurs chaudes du vêtement, se déclinent en une gamme de couleurs. Cerné de noir, le personnage se détachant du fond où dominent le bleu et le rouge, est valorisé par le trait et les ombres du vêtement. Un tissu tendu en fond, comporte les signes, que l'on retrouve, imprimés sur le caftan et sur la ceinture, où les motifs sont accentués. Matisse a utilisé des signes employés dans l'artisanat de la société marocaine, et les a introduits dans des oeuvres majeures, ouvrant la voie à la peinture contemporaine. Il a traduit en modernité la tradition, tout en respectant le cadre originel dans lequel le travail du henné s'élabore. Ce travail est aussi le lieu, où le dit et le non-dit sont l'expression d'une tradition ancestrale. L'oeuvre de Matisse représente la jonction entre deux expressions artistiques de cultures différentes, permettant à de nombreux artistes marocains de réaliser l'art traditionnel dans l'espace artistique de la contemporanéïté.
Source: http://www.maroc.net/ghis/Henne/art.html
D'autres Photos: http://www.kenzi.com/HENNA/IMAGES/
| Juillet 2010 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | |||||||
| 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | ||||
| 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | ||||
| 19 | 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | ||||
| 26 | 27 | 28 | 29 | 30 | 31 | |||||
|
||||||||||
Commentaires