Akal afgan awal
Je dédie mon blog à ma petite fille SIMANE.
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L’emprunt au calendrier lunaire mobile et intégration des célébrations musulmanes, canoniques ou autres, contribueront à une confusion temporelle de certain, rites et poseront quelques difficultés d'interprétation et d’analyse. Toutefois, loin d'être fastidieux, cet éclectisme s'inscrit dans une continuité essentielle de la religion par laquelle on entend ici la soumission à une entité puissance.
Une question se pose d'amblée comment, au contact d'une religion historique, l'islam, certaines croyances subissent une réinterprétation plutôt qu'elles ne disparaissent ? L’exemple d’amasur, illustre de façon adéquate le passage d'un rite solsticial vers un rite apparemment allogène puisqu'il met en scène un animal de boucherie à des fins cultuelles (commémoration du saint), dépendantes d’une computation lunaire. L’abandon de certains lieux à caractère religieux n'est jamais global, ni même l'intégration de pratiques strictement musulmanes dans tous les villages. II convenait donc d'étudier - autant m'a été possible de le faire - les rituels de l'ensemble
du groupe territorial afin de tire, des interrogations sur ce phénomène de transmission, d'interprétation mais surtout de maintien de l'obligation d'agir ment. La mise en oeuvre rituelle, variant d'un village à l'autre, dénote une voire une individualité propre à chaque village.
Le premier de l'année lunaire n'étant pas fêté, amasur est célébré les 10 et 11 muharram, autour d'un sacrifice sanglant à proximité de la mosquée, dont la fondation est attribuée au célèbre sourcier Sidi Abdallah u Dawd, au lieu-dit Tamsult sur la frontière des I. Tinst et des I. Martini, historiquement ennemis.
Ce sacrifice canonique ne répond pas à la volonté du saint qui avait souhaité que ses descendants le commémorent par une aumône de bouillie d'orge, tagwlla, destinée aux plus démunis.
Description :
Igiuz - La veille d'amasur (amachur), les mères et les filles s'enduisent l'ovale, du visage, les mains et le visage de henné. Avant l'aube, alors que tout, la maisonnée dort les femmes vont puiser l'eau à la source ou au puits du village. Ce rite doit impérativement avoir lieu avant le réveil des oiseaux et des hommes La seule présence des oiseaux contribue à polluer l’eau». Aussi prend-on soin de puiser la force vitale» avant qu’ils n'étanchent leur soif On raconte qu'a ce moment-là, lorsque le ciel est encore pur - avant le lever du soleil - « une goutte d'eau du puits sacré de Zam Zam tombe du ciel dans la source ou le puits du village ». Rentrées chez elles, elles s'en aspergent avant de « transmettre la force vitale », lbaraka, contenue dans l'eau d'amasur au foyer, animaux, mobilier, vêtements, murs, enfants endormis, nourriture, etc.
Le lendemain, jour de sacrifice, les enfants des deux sexes gravissent la montagne pour ramasser des coquilles de gastéropodes nominées « ceux du chacal », wi wuchn (win ouchen) dont ils font des colliers, qu’ils portent à leur cou. Ils vont frapper aux portes du village en début d'après-midi et réclamer leur repas, bnayyu, couscous à base d'orge et de boyaux séchés, isolés de l'offrande Ibrahimienne. Notons, là encore la présence d'une partie de l'animal, commémorant l'intention d'Ibrahim, chargée de « force bénéfique » et contribuant à la sacralisation d'un temps cosmique – si l’on admet qu'amasur occupait un temps solsticial —, à l'instar des pied, de mouton conservés, dessication à l’air libre depuis ce sacrifice et consommé 1a nuit du Nouvel An.
Pieds et boyaux proviennent du même sacrifice cultuel, or amasur est célébré le premier mois l'année musulmane (muharram) qui commémore, dans le calendrier lunaire, l’Hégire du Prophète. Sans chercher à cheminer à travers des hypothèses contestable, notons la disjonction similaire dans ces deux rites annuels la présence et la consommation de la viande séchée d'une part; les bûchers, de l'autre. Suivant calendrier lunaire, amasur est célébré le 9 muharram, veille du sacrifice à Sidi Abdallah u Dawd". Par ailleurs, et bien que le bûcher ne soit plus allumé dans tous les villages, la présence d'un feu dans ces deux pratiques suppose qu’il s'agit de redonner symboliquement Soleil (solstice) son intensité annuelle et n'a pas qu'un objectif de purification, dans la mesure ou assifid ne fait intervenir la force fécondante du feu qu'exceptionnellement.
Dans le Nouvel An, comme dans amasur, le feu semble bien répondre. besoin d'anéantissement et de régénération du cosmos et du microcosme. Il s'agit vraiment de passer d’un moment à un autre, d'abolir en quelque sorte le passe symbolise par la viande séchée investie de « force bénéfique ».
Quand bien même pratique d'allumer le bûcher conserverait la vertu des boyaux séchés, tikurdllasin (tikurdssin), puisée dans temps sacré a-cosmique, vraisemblablement grâce à leur caractère nouveau et proche de l'origine, elle perd son sens initial lié solstice d'été. Dans la description faite par A. Bel, la coutume d'allumer simultanément un feu et de s'asperger d'eau était encore vivace en 1917. Aujourd'hui et pour diverses raisons matérielles (incendie, brûlures), la majorité des I. Martini n'allument plus le bûcher, mais on devine que ces raisons locales ne justifient pas la disparition d'un rite séculaire. II fallait la pénétration d'un sentiment religieux nouveau et puissant.
Devant chaque maison de village, les enfants réclament leur repas, couscous aux tripes, bnayu, par des paroles dont le sens souligne l'obligation d'offrir aux enfants :
bnayyu bnayyu
bnayyu bnayyu,
yan tid urifkin
celui qui ne le donne pas
idr as nn igjdr h ugdur
que le lézard tombe dans sa marmite
ar ittzzig taydit
qu’il traie la chienne !
ar i ssndu h uhlas
qu'il baratte dans le bât!
Aux récalcitrants, on souhaite la malédiction et la misère, en écrasant, avant le coucher du soleil, les coquilles sur le pas de leur porte afin que tout le monde le sache. Essentiellement consommé par les enfants, bnayyu contribue à l'abolition d'un temps car peut supposer que les enfants symbolisent ici le renouveau dynamique, et tikurdllasin, le temps écoulé. C’est pour eux l'occasion, apres bnayy, de jouer au ballon, talkurt, (takurt), sur la place du village. Un peu plus tard les adolescents se livrent une « bataille d’eau », timmigt waman., fraîchement puisée.
L’objectif de cette séquence finale du rite est double : provoquer la pluie, car nous sommes au début d'août du calendrier agraire, en pleine canicule, le gaulage des amandes s'achève, moisson du mais n'a pas encore commence; et attirer la fécondité sur les jeunes.
Tagadirt n Wanammer – Dans la montagne dite Adrar n'ayt 'Ali, les enfants vont chercher des coquilles qu’ils enfilent et portent autour du cou, puis avant le coucher du soleil » : ih tqqrb tafukt a ttayl, ils se mettent en rang, comptent jusqu'a trois et jettent sur leur collier de coquilles, tifilut i wuglaln, en disant :
man d lass nnk
pars avec ton mal.
Ils engagent une lutte de vitesse et le dernier arrivé au village est surnommé « tignissa/ tignch" formule à son adresse suivante :
tignissa, tignissa
tignissa, tignissa
ur tzdart i lhdar
incapable d'etudier
ayam trk tahurbist (takhurbicht)
quitte donc la salle d’étude!
Puis, ils réclament le. bnayyu; à la femme qui ne leur donne pas, ils expriment leur contrariété:
bnayyu bnaayyu
bnayyu, bnayyu
yan ah t id ur ifkin
celle qui ne le donne pas
idr as nn ugrda h ugdur
que le rat tombe dans sa marmite
ar tssndu h uhlas
baratte dans le bât
ar ttzg taydit
qu’elle traie la chienne
idwwr as ubnkal i tsksut
que le serpent entoure son couscoussier !
A la tombée de la nuit, les femmes vont à la source puiser des jarres d'eau et aspergent les champs et les arbres fruitiers. Rentrées chez elles, elles allument des bougies et arrosent les murs de la maison ainsi que l’orge, les bêtes et les enfants « afin qu’ils grandissent » ad imgurn (ad imghuren).
Igzra -Le collier de coquilles autour du cou, les enfants se dirigent vers une pierre placée à mi-chemin entre Tanatamt et les champs. Cette pierre, nommée Dar Rrba « Chez le Quart », est enjambée tour à tour par chacun des enfants qui clament :
Tlkm luqt wugdur
L’heure de la marmite est arrivée
s ikirru ur swih
avec la marmite repoussante
mit mit ayfug ussn timzgid,
que le chacal [impur] sors de la mosquée [pure].
Ils vont ensuite visite, leur saint Sidi Dawd u Brahim et accrochent, ou écrasent, leurs coquilles leurs coquilles sur la porte de son sanctuaire, sur sa tombe, sur ses arbres, ou devant ses ports. Rentrés village, ils réclament leur repas :
Baynu baynu is yad ittskr
baynu baynu est-il prêt?
yan it id ur ifkin
celui qui ne le donne pas
ar issndu g uhlas
barattera dans le bat!
Les maîtresses de maison 1eur donnent le couscous aux tripes puis ils « vont taquiner », « ar t iyyarn », leurs voisins de Tanfght : ô dromadaires de Tanfght! », wa ir’man i yayt tnfght! A quoi ces derniers rétorquent « ô noirs des Ayt Turirt, traversez dons![ si vous ne craignez rien] », « wa isuqyn zgr add awi » !
Taliza - De ce village des I. Martini, dont A. Bel (1917 67) a laissé l'unique et bien curieuse description d'un culte du feu », ama’sur et assifid accompagnent la nuit du 9 muharram : nous ne célébrons pas d' assifd ici am,ur est notre – nkni ur darnh illa ussifd, nkni gwan, ama’sur a igan assifd nh. Description d'autant plus singulière que Taliza n'abrite pas de tombe de saint, aussi n'y pratique-t-on guère de sacrifice collectif; par ailleurs Dawd u Brahim, décrit par l'auteur comme le grand prêtre des cérémonies d'un vieux culte du feu », est inconnu aujourd'hui des plus anciens du village, cependant qu'a Tawrirt, village situé à deux heures de marche de Taliza, il existe bien un Dawd u Brahin, enterré dans un sanctuaire sans coupole, que l'on commémore le premier dimanche de gust (ghucht).
[LA SUITE..]
La tradition locale d'Anzerg, s'opposant celle de Tawrirt, rappelle que c'était un clerc originaire d'Anzerg, du lignage Ayt Bel (Ibaliyn) qui avait autrefois et jusqu'a mort enseigne Coran dans l'ancienne mosquée de Tawrirt. Contrairement aux villages I. Martini, Taliza est fortement peuple de Berbères noirs. On raconte à ce sujet que dans le passé, les lignages des Ayt Iggi Izig" et ceux d'Agadir n Tlliza [formant le village de Taliza, les premiers installés en aval, 1es seconds en amont] étaient fort nombreux. Arrivèrent on ne sait d'oû des envahisseurs qu'on
nomma les Ida Gu ‘Asrin (Achrin) « Ceux des vingt », avec chevaux et armes. Ils s'installèrent à l'est du village, en amont de l'ancienne Timzgida n'Usaka, y battirent un grenier surnommé Agadir n'Ida Gu 'Asrin (aujourd'hui ruiné et prirent, par la force, des ingénues, timazigin. Révoltés, les Ayt Tliza aillèrent se plaindre au qaid Abayyu des I. Zkri auquel ils demandèrent conseil. Celui-ci les exhorta à célébrer un mariage auquel il ne manquerait pas d'assister afin d'exterminer ces Ida Gu Asrin.
Au jour de la noce, on invita ces deniers à entrer par une porte et à sortir par une autre, de sort, que, croyant pénétrer dans la chambre d'hôtes, aucun d'eux n’hésita à respecter l'accueil, et ledit qaîid et ses compagnons de les égorger l'un après l'autre sans épargner 1es femmes et ce, jusqu'a leur extermination. Ceux qui réussirent s'échapper, descendirent a Aqqa (Bani) ».
A l'aube d’amasur, les femmes de Taliza vont couper le genet épineux, amkkuk. dans la montagne. Quant aux enfants, ils vont chercher leurs coquillages (ighlal/ plul de arlul) avant de réclamer leur repas aux maîtresses de maison :
baynu. baynu
baynu baynu
yan ag d ur ifkin
celui qui ne le donne pas
issndu uhlas
barattera dans le bât
ar itzzg taydit
traira la chienne!
Loin du village, ils écrasent leurs coquilles en chantant :
Bismi l1ah i rrahman i rrahim
Au nom de Dieu Clement, Misericordiem,
a nzzur ismawn n rbbi.
commençons d'invoquer Ses noms.
Au crépuscule, quelques jeunes filles vêtues de leur habit de fête, allument un feu qu'alimente le genêt. A tour de rôle, elles sautent par-dessus les flammes à trois reprises en poussant des tigwratin, avant de quitter soudainement le bûcher au pas de course.
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