[Source : Guide de la culture et de la langue berbères de M. A. HADDADOU]
Qu’en est-il du berbère ? Dès la dix-neuvième siècle, de nombreux auteurs ont essayé d’établir la parenté génétique de cette langue. Mais contrairement aux comparatistes de l’époque, ils s’intéressèrent très peu aux correspondances formelles et fondèrent leur classification sur les seules ressemblances lexicales. Or ce critère et le moins sûr de tous dans la mesure où l’évolution phonétique peut expliquer de nombreux rapprochement entre les langues les plus éloignées.
En comparant des listes de mots, on a ainsi "prouvé" l’apparentement du berbère aux langues indo-européennes, au basque, à l’égyptien ancien, au sémitique et même à certaines langues indiennes d’Amérique.
Ces hypothèses et bien d’autres n’ont aucune valeur scientifique puisqu’elles s’appuient sur des ressemblances phonétiques ou des emprunts linguistiques, à la fois nombreux et anciens en berbère.
Par exemple, Bertholon (1907) rapproche le mozabite tiru "elle a accouché" (t. affixe de 3° p. féminin singulier et arew "accoucher") du grec tihrô du même sens. Le même auteur compare au grec des mots empruntés à l’arabe : dhlem "être injuste" (ar. Dhalama) est dérivé au grec dolomai " je trompe", rgem "injurier" (de l’arabe rajama "lapider") est rapproché du grec orgeonnai "je me fâche" etc.
Un premier pas a été fait au début du 20° siècle quand on a parlé d’une famille linguistique qui s’étendrait du Nord au Sud-est de l’Afrique et de l’Afrique jusqu’au continent indien. Cette famille est appelée hamitique, du nom de Ham, fils de Noé et frère de Sem qui, selon la légende, serait à l’origine des langues sémitiques. La dénomination même laissait supposer que un apparentement au sémitique, mais il faut remonter très loin dans le temps (des dizaines de millénaires) pour retrouver la langue-mère parlée en Asie ou en Afrique.
Cette hypothèse est confirmée au début des années 20 par le sémitisant français Marcel Cohen qui intègre le berbère dans un vaste ensemble de langues, la famille Chamito-sémitique, qui comprend en plus de cette langue, l’égyptien ancien, les langues sémitiques et le couchitique.
Les correspondances les plus grandes du berbère avec ces langues s’observent principalement dans le système verbal où on note, pour toutes les langues du groupe, des ressemblances remarquables.
Les marques de personne sont, par exemple, partout les mêmes, ce qui a permis de poser, très tôt, un système commun aux différentes langues.
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Sémitique |
Berbère |
Couchitique |
||
|
1- |
'- |
'aqra |
ssney yessen / tessen
|
'akan |
|
1- |
n- |
neqra |
nessen |
nakan |
L’apparentement du berbère à un groupe chamito-sémitique n’a pas été facilement accepté par les berbérisants. Certains d’entre eux comme André Basset, le contestaient encore en 1952. D’autres auteurs ont même repris, sur d’autres bases, des hypothèses anciennes. O.Rössler a ainsi rattaché le berbère au sémitique, et H.G. Mukarovsky a repris l’idée, formulée au XIXème siècle par les linguistes allemands, d’un rapprochement avec le basque. Les arguments présentés par ces auteurs ne sont pas très convaincants, c’est pourquoi, faute de preuves décisives, l’apparentement du berbère à une famille chamito-sémitique reste la plus plausible. Il faut préciser néanmoins que cette hypothèse repose essentiellement sur des données morphologiques est grammaticales. Les structures lexicales et phonétiques présentent des parallélismes moins évidents.

Résumé des principales hypothèses sur l'apparentement du berbère :
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