Mouvement Culturel Amazigh entre l’action
Politique et l’action culturelle |
|
|
Par Mouloud lounaouci ( agraw Amazigh N° 13 / 97) |
|
|
« Aujourd’hui , la récupération de l’identité berbère ne relève pas d’une démarche culturaliste. Elle ne peut être garantie que par le biais d’une action politique. C’est un sujet , évidemment politique car il ne peut y avoir de redéploiement de cette identité sans qu’il y ait une volonté politique des pouvoirs en place. Et pour que cette volonté existe , il faut qu’il y ait un rapport de force politique non violent parce que les berbères sont pacifique de nature pour , au moins avoir une partie du pouvoir , afin de se donner les moyens politiques , matériels , financiers et humains pour un redéploiement de l’Amazighité. L’avenir de la question berbère n’est que politique et n’est , en aucun cas , culturaliste ». La culture berbère a subi un phénomène d’acculturation pendant des siècles , ce qui explique , aujourd’hui , le fait qu’il est parfois difficile de définir sa berbérité. En effet , nous avons hérités l’influence des différentes conquêtes que Tamazgha a connues. La langue berbère a été punicisée puis romanisée. Cependant , de toutes les influences , les plus importantes sont celles de la langue arabe et du français , du moins en Afrique du nord. Ce qui a fait dire à l’ancien ambassadeur tunisien an France , en 1975 , à propos des Tunisiens « le tunisien concerve de ses origines berbères la persévérance et la sobriété des phéniciens le goût du négoce et de l’ouverture sur le monde , des Romains l’amour de la forme , des Byzantins le sens de la nuance , des Arabes le culte du verbe et de la nature et des Français la marque du cartésianisme » Ceci pour dire qu’il est toujours difficile de définir une identité. Ni l’historicité ni la langue ne suffisent à définir l’identité berbère. Aujourd’hui , les Canariens le prouvent ; ils ont perdu la langue et les pratiques culturelles berbères , mais ils ont cette volonté ferme de demeurer berbères. L’Afrique du nord est caractérisée par une complexité culturelle et linguistique. Le champs linguistique est composé d’au moins cinq langues : le berbère , langue vivante pratiquée et vitale , l’arabe , le français et l’espagnole dans des régions restreintes. L’arabe se subdivise en deux : le classique et le dialectale. Dans ce champs linguistique , les conflits interagissent , en fonction des privilèges dont bénéficient chaque langue.L’arabe , par exemple , est une langue littéraire , écrite mais peu importante dans la réalité fonctionnelle. C’est la langue des privilégiés , elle assure l’ascension politique en Afrique du nord. Elle a été sacralisée par l’Islam , et c’est la raison pour laquelle un certains nombres de Berbères délaissent leur propre langue au profit de l’arabe. La langue française quant à elle est une langue de la promotion professionnelle qui assure un standing et un statut social. Voilà une autre raison qui pousse d’autre Berbères à délaisser leur langue au profit du français et même de l’espagnol. Cependant , c’est l’arabe dialectal qui demeure l’outil de communication le plus menaçant pour la pérennité du berbère. Elle donne l’illusion de l’union du pays et par là , concurrence le berbère parce qu’elle se trouve dans le même champs que lui. Le berbère est la langue de la famille , de la complicité , de la relation affective ; l’arabe dialecte aussi. C’est pourquoi les Berbère qui se citadinisent privilégient l’arabe dialectale. |
|
| 1) Le berbère : support identitaire | |
|
La langue ber ère est un véhicule culturel et un support identitaire puissant. On s’est longtemps posé la question suivant : d’où vient le berbère et quelle est son appartenance ? On a prétendu qu’il descendait du basque , puis qu’il est d’origine germanique et ensuite qu’il est venus du Yémen. Aujourd’hui , toutes les preuves scientifiques font dire que le berbère est une langue , effectivement , chamito sémitoique , mais le chamito sémitique ne veut pas dire langue arabe. On a souvent pris des raccourcis. La langue berbère est une langue étatique autonome syntaxique ment et lexicalement même si elle a emprunté , au cours des siècles , de nombreux termes à toutes les langues qu’elle a côtoyées. Parler de la langue berbère c’est aussi parler de ses différents dialectes. Son enseignement est problématique. Faudrait il enseigner une langue berbère unique ou devrait on tenir compte de sable qu’ils soient pragmatiques. |
|
| 2) Le « degré zéro de la langue » | |
|
L’exemple de l’hébreu nous interpelle. La situation de cette langue était beaucoup plus facile , car les Israéliens étaient partis du « degré zéro de la langue » , comme le font , et peuvent le faire , les Canariens aujourd’hui. Par contre , la situation est différente pour les Nord Africains qui sont encore berbérophones , parce qu’il n’y a pas de « degré zéro de la langue » , il serait pragmatique et opérationnel d’enseigner le berbère en tenant compte de ses variété , tout en se fixant comme objectif d’arriver à enseigner une langue standard. Le cas du berbère est semblable à celui du basque ou du catalan en Espagne. Ces deux dernière langues ont eu les mêmes difficultés et ont réussi à les surmonter. Il n’y a pas de raison pour que le berbère n’arrive pas aux mêmes solutions et les spécialistes peuvent relever le défi. Toutefois le berbère reste pratiqué par des « communautés linguistiques » , cette notion nécessite une définition précise. En Afrique du nord , on parle du « peuple marocain », du « peuple algérien » , du « peuple tunisien » , au niveau sociologique cette acceptation est réfutable. Dans les pays d’Afrique du nord existent deux communautés linguistiques. Une communauté linguistique est une communauté sociale.Cometti définit une communauté linguistique comme étant un ensemble humain ( communauté socio linguistique Corse) dont la même histoire , les mêmes repères culturels et linguistiques déterminent la plupart des éléments constitutifs d’un peuple. Celui ci peut disposer de deux ou trois langue ou communautés. C’est le cas des peuples coniques auxquels les conquérants ont imposé leurs langues , situation délicate pour la langue première dont l’espérance de vie se voit raccourcie. Les berbères répondent bien à cette définition , eux qui ont connu plusieurs conquêtes et qui sont , aujourd’hui , dans une situation difficile. La survie de la langue berbère est aléatoire. Aléatoire si la volonté politique de lui redonner vie n’existe pas. De nos jours , les moyens techniques, les moyens technologiques , les satellites , l’information , les médias font que quotidiennement , l’identité berbère perd du terrain. Le berbère a besoin de se doter de tous ses moyens modernes pour , précisément concurrencer les langues qui en disposent. |
|
| 3) La langue : outil idéologique et politique | |
|
La langue n’est pas seulement un outil de communication. La langue est même très souvent un outil idéologique et politique. Elle a une fonction d’assimilation ( l’arabisation e Afrique du nord est conçue pour donner la mort à la langue berbère ) , et c’est « normal » d’autant plus que deux langues concurrentes ne doivent pas vivre sur le même territoire. La langue est aussi une vision du monde et l’arabisation vise une orientalisation de l’Afrique du nord. Un socio – linguiste a affirmé que « l’arabe est une langue sacrée ». On nous donne l’impression que tout est dans le Coran ; ceci impliquerait que l’arabe devra devenir la langue qui doit prédominer. La langue est un support idéologique ; c’est le cas de l’arabe qui se veut unifiante et unificatrice. Elle est conçue comme moyen de diffuser la civilisation autant matérielle que spirituelle du monde arabe et musulman. C’est pour cette raison que le monolinguisme est planifié en Afrique du nord , et c’est la raison pour laquelle on veut que la langue berbère disparaisse. |
|
| 4) La langue : facteur de discrimination sociale. | |
|
La langue est aussi un facteur de discrimination sociale. La langue de travail est sur valorisée et entraîne des retombées culturelles importantes. Il est certain que la « langue du pain » passe avant la « langue du cœur ». Si nous voulons que le berbère prenne sa place dans le monde berbère , il faut absolument que cette langue du cœur rejoigne la langue du pain , il faut que cette langue donne à manger et assure un salaire. |
|
| 5) Le berbère : langue nationale et officielle | |
|
La langue est un facteur important dans la définition de la nation. L’Etat – nation , en effet se donne une langue officielle et une langue nationale. Toutes les autres langues sont alors perçues comme facteurs pouvant porter atteinte à l’unité nationale. En Afrique du nord. l’arabe est nationaliste et le français universaliste. La langue nationale sera choisie selon des critères politiques. Aujourd’hui , le mouvement culturel Amazigh , dans son ensemble , revendique que le berbère soit langue nationale et officielle. Mais nous n’avons pas encore réfléchi sur le concept de langue officielle. La langue officielle n’est rien d’autre que la possibilité à chaque citoyen de s’adresser aux institutions nationales et politique dans la langue Amazigh. C’est celui aussi d’exiger de ces institutions politiques des réponses en langue Amazigh. Cela suppose donc des impacts d’ordre politiques. Il faudrait aussi poser cette question : langue nationale où de tout le territoire de Tamazgha ?. Cela suppose que partout la langue berbère doit être une langue nationale obligatoire et qu’on ait le droit de s’adresser aux institutions et recevoir des réponses en langes berbère. Où alors décider , comme en Espagne par exemple , que le catalan est la langue officielle seulement du pays catalan , que le basque est la langue officielle du pays basque. Aller vers ce choix veut dire que le berbère sera langue officielle dans les régions berbérophones uniquement. Dans ce cas , nous aurions défini une térriorialité de la langue et nous aurions quitté l’Etat – nation pour entrer dans l’Etat fédéral. |
|
|
6) La langue : outil pour la transformation de la personnalité |
|
|
La langue est aussi utilisée dans le système éducatif , c’est – à dire dans l’enseignement. Ce dernier n’est pas seulement un moyen d’assurer la vie matérielle , c’est surtout un moyen de transformer la personnalité. Ce qui fait dire à Dolmin : « attaquer la langue d’un individu , c’est commettre un sacrilège dans le sanctuaire de sa personnalité ». L’arabisation de l’école en Algérie , plus qu’au Maroc d’ailleurs , est plus perçue comme outil idéologique pour la transformation de la personnalité. Voilà pourquoi l’école en Algérie est devenue l’outil le plus important de la personnalisation et de la dés identification berbère. La langue est un outil de comportement. C’est à travers elle qu’on propose un modèle de comportement. La notion de modernisme , par exemple , est associée à l’espagnol et au français. La notion d’authenticité est associée au berbère et à l’arabe qui se rejoignent au sien de la communauté islamique. Le berbère baigne dans un environnement idéologique hostile. L’idéologie dominante en Afrique du nord prend sa source déjà au niveau des mouvements de libération. Le cas de l’Algérie est sensiblement le même que celui du Maroc. Des le début du siècle , quand le mouvement national indépendantiste a commencé même chose pour les mouvements assimilationistes des ulémas la carte national d’identité des Etat avait été dressé. Elle fut celle d’un arabo – islamisme exclusiviste qui niait l’identité amazigh. Cette politique fut reconduite après les indépendances et la mort de la langue de l’identité et de la culture amazighs fut planifiée. Aujourd’hui , la récupération de l’identité berbère ne relèvera pas d’une démarche culturaliste. Elle ne peut être garantie que par le biais d’une action politique. C’est un sujet , évidemment politique car il ne peut y avoir de redéploiement de cette identité sans qu’il a ait une volonté politique des pouvoirs en place. Et pour que cette volonté existe , il faut qu’il y ait un rapport de force politique non violent – parce que les berbères sont pacifique de nature – pour , au moins avoir une partie du pouvoir , afin de se donner les moyens politiques , matériels , financiers et humains pour un redéploiement de l’Amazighité. L’avenir de la question berbère n’est que politique et n’est , en aucun cas , culturaliste. TUDERT I TMAZIGHT D IMAZIGHEN. Source: http://www.amazighworld.org/studies/articles/mouvement_culturel_amazigh.php |
|
La kasbah ou « tighremt » (demeure seigneuriale), le ksar ou « ighrem » (hameau communautaire, village) et « ighrem » ou « agadir » (grenier collectif) constituent les composantes essentielles du patrimoine vernaculaire en question. L’originalité de chacune des formes réside dans les messages et fonctions historique, socioculturel, esthétique et économique qu’elle véhicule ou assure. yLe Ksar Ighrem (pl. igherman) en langue amazighe ou ksar (pl. ksour) en arabe est une des réalisations spécifiques de l’architecture traditionnelle. Il peut être défini (sans que définir soit synonyme de délimiter) comme étant un établissement humain collectif fortifié sis sur l’une des berges de l’oued au sein d’une vallée ou d’une oasis, depuis le pied de l’Atlas jusqu’aux portes du désert, et souvent sur des éminences non arables et non loin des cultures. Les composantes spatiales sont déterminées par leurs fonctions sans écarter le poids des contraintes techniques. (1 V.Ch. DE FOUCAULD. Reconnaissance au Maroc : Journal de route. Paris : Société d’éditions géographiques maritimes et coloniales,1939.)
16
Selon HENSENS1 , les éléments constitutifs du village communautaire son généralement :
· Des remparts bien hauts pour assurer la fonction de défense ;
· Une entrée en chicane ;
· Une organisation du plan de manière à créer une place fonctionnant comme lieu de forum, de communication et de relais avec l’extérieur ; en somme un espace distributeur d’autres espaces fonctionnels ;
· Une répartition des quartiers à partir de rues secondaires prenant naissance
de la voie axiale ; c’est l’aspect urbain du tissu vernaculaire.
Photo n°2: Ighrem Ayt Benhaddou (Ouarzazate) ; classé Patrimoine Mondial.
Il est à noter aussi que le ksar présente une forte densité d’édification pour des raisons aussi simples mais évidentes que sont l’optimisation des ressources,
(1 J. HENSENS. Mémoire sur la kasbah Taourirt. Rapport. Mars,1966.)
la protection contre la rigueur du climat et la structure sociale « segmentariste » des
populations.
Le ksar est également :
· Ceint de murailles flanquées de tours ;
· La (ou les) porte (s) est haute, large et flanquée de tours aussi ;
· Sis sur une bute escarpée ; les façades sont aveugles, les maisons font
parties intégrantes des remparts ;
· La communication usuelle avec l’extérieur est assurée par une seule voie qui dessert le grand portail d’entrée dont la surveillance est assurée par un gardien « adewwab » logé et rémunéré par l’assemblée de la localité. Ce portail se fermait jadis à la nuit tombante ;
· Les allées et venues sont connues et surveillées par les membres de l’assemblée ;
· Les ruelles, fréquemment couvertes, sont étroites mais sont dotées de puits de lumière et de banquettes pour s’asseoir et pour protéger les murs extérieurs des habitations contre toute usure.
Les remparts en pisé sont dressés sur la palmeraie pour surveiller les cultures et la canalisation des eaux qui, dans certains cas, peuvent être amené à traverser le ksar pour ne pas en manquer.
A l’intérieur, après avoir traversé l’entrée en chicane, se trouvent les équipements collectifs : la mosquée [généralement à droite- la symbolique de la droite chez le musulman comme espace positif sacré], le caravansérail, le lieu des réunions de l’assemblée locale, le logement du gardien et, quelques fois, une bergerie collective. Les étables sont construites généralement autour de l’enceinte. Le cimetière s’étend évidemment à l’extérieur et est placé sous la protection d’un (ou des) saint-marabout.
La population partageant un même ksar est subdivisée en un ensemble de fractions, elles-aussi composées de lignages puis de grandes familles. Cet état de fait se répercute sur la façon d’exploiter et de façonner l’espace puisqu’il en est le reproducteur. La structure tramaire des habitations permet aux différents groupes constituant une même localité d’occuper des espaces différents. Le nom attribué au ksar est, soit il reprend la topographie du lieu (taourirt, tizgui, igulmimn, awrir, etc.), soit un ancêtre éponyme (tansita, sidi aamer), soit une tribu ou un lignage (ayt seddrat, ayt mouch). Les appellations sont chargées de significations mythiques et souvent mythifiées pour répondre à une idéologie voulue et à une manière d’occuper un espace et se l’approprier. L’attribution du nom d’une tribu, par exemple, n’est souvent qu’une façon consciente d’en légitimer la possession et d’en effacer les occupations antérieures vis-à-vis de la mémoire collective. Une traduction du nom topographique d’une langue à une autre (berbèrearabe) peut suffire pour en réduire l’histoire. L’Ighrem était dirigé par « tajmaat » ou jmaa de la localité qui est une assemblée des élus des lignages. Elle est présidée par un cheikh ou amghar élu annuellement par les lignages autres que le sien et ce à tour de rôle entre eux. L’assemblée gère les affaires de la vie quotidienne à savoir l’irrigation rotative selon le système traditionnel, les opérations d’entraide et les tâches collectives des ménages, etc., règle les litiges internes et assure les relations avec les localités voisines.
En outre le ksar présente un aspect urbain caractéristique, c’est la subdivision en :
(i) Espace public englobant les lieux collectifs- cour centrale, vestibule d’entrée, système viaire, mosquée, caravansérail, cour des mariées, puits en plus des équipements extra-muros - aires à battre, cimetière et bergeries.
(ii) Espace privé desservi par les voies citées ci-dessus et qui regroupe l’ensemble des maisons individuelles liées les unes aux autres constituant ainsi des quartiers. La maison donne sur l’intérieur ; elle a le plus souvent deux à quatre étages, les chambres s’ordonnent autour d’un patio qui bénéficie et fait bénéficier toute la structure de l’éclairage et de l’aération grâce au puits de lumière. Généralement une seule façade donne sur une ruelle d’accès, les autres sont mitoyennes soit avec celles des maisons
voisines, soit avec l’enceinte. Comme l’entrée principale, celle de la maison est souvent en chicane et faiblement éclairée ; ceci n’est pas en fait un inconvénient puisque fonctionnellement et structurellement le rez-de-chaussée permet de filtrer les entrées et abrite les bêtes et les réserves de foin et de luzerne séchée. Les niveaux supérieurs sont destinés à l’habitation proprement dite : salon central, foyer et chambres. La chambre d’hôtes occupe une partie d’un étage autre que celui du propriétaire et est mieux entretenue et mieux meublée. Chaque étage possède son foyer utilisé selon les saisons ; la terrasse n’en demeure pas moins inutile puisque c’est là où les produits de la récolte sont mis à sécher (dattes, orges, fruits et légumes, etc.) et où l’on dort l’été1.
Tighremt ou Kasbah De son véritable nom en berbère « tighremt » qui est la minimisation linguistique du terme « ighrem », la kasbah tend à se généraliser dans la plupart des écrits du fait de la propagande touristique. C’est un mode d’habitat vernaculaire des régions subatlasiques et présahariennes et dont la genèse est liée à l’émergence du pouvoir féodal de certaines familles jusque là étranger à ces contrées. Le vocable « kasbah » est, d’ailleurs, attribué justement aux fortifications élevées au sein ou à proximité des villes impériales pour contrôler les déplacements et souvent asseoir les tribus hostiles au pouvoir makhzénien, tandis qu’il désigne au sud soit une demeure seigneuriale soit une habitation abritant une famille élargie. La première attribution correspond à celle du commandement et de résidence à la fois d’un notable ou d’un chef régional « caïd » qui avait la bonne fortune d’établir des relations privilégiées avec le pouvoir du makhzen ou avec un pôle de commerce. C’est l’appui et
l’instabilité par la suite de ce pouvoir durant le XIXème siècle qui avait permis à certains personnages de s’élever au-delà de l’hiérarchie tribale ou lignagère jusque là hostile à tout pouvoir individuel.
L’été, prends tes repas avec du monde et dors seul.)
Elle est généralement sise en hauteur au sommet d’une colline ou plus élevée que le reste des habitations du ksar si elle y fait partie. Les remparts, les créneaux des ouvertures et la décoration de la tighremt lui confèrent une grande monumentalité justifiée par son destin multiple : logement d’une famille élargie, centre agricole et politique fortifié et témoin des changements sociaux.
21
Techniquement, elle ne diffère de l’arsenal architectonique en terre que par l’utilisation massive des briques crues en hauteur des bâtisses pour une décoration plus riche et plus expressive. Aujourd’hui, cette décoration tend à disparaître ; elle est remplacée par un mur lisse et aveugle qui s’arrête au niveau des tours ayant perdu leur double-hauteur jusqu’aux remparts, créant ainsi un effet d’horizontalité amputant cet art de bâtir de sa magie attractive car le couronnement des hauteurs était symboliquement l’empreint d’éternisation que le commun des mortels calquait à sa construction, portant éphémère. A ce titre Jean DETHIER a remarqué que « le traitement de l’apparence finale du bâtiment peut varier à l’infini(…) ainsi les méthodes d’utilisation de la terre permettent-elles de ne pas dissocier matérialité et spiritualité dans l’acte de bâtir, car le matériau autorise la simultanéité et la synthèse des actions décoratives et artistiques (…). Le plaisir intense que prennent les civilisations traditionnelles à manipuler l’ornement (…) se traduit dans le génie créatif, artistique et décoratif des architectures de terre »1
(1 J. DETHIER. Architecture de terre : l’avenir d’une tradition millénaire ; Europe, Tiers-Monde, USA.Catalogue de l’exposition C.G.P. Paris :1981,1986.p.16)
22
23
Greniers collectifs
Largement attestés en Afrique du Nord – des derniers bastionsberbérophones d’Egypte (Siwa) et de
d’organisation et de défense, conditions économiques fragiles et climatiques non clémentes et intégration au paysage. C’est au Maroc que ces constructions ont gardé leur appellation ancienne :
« ighrem » au Haut-Atlas méridional et « agadir » dans le Souss et L’Anti-Atlas1. Les deux termes connotent l’idée de défense et de communion ; il s’agit de forteresses non habitées où chaque famille range ses récoltes et ses réserves dans la loge qui lui est attribuée pour se prémunir des attaques et des conséquences des temps des disettes qui ont jalonné l’histoire plusieurs fois bousculée du Maroc présaharien. Le grenier constitue également le dernier refuge pour les habitants d’une localité en cas de siège du fait qu’il est toujours construit sur un monticule ou sur une falaise dominant une vallée, un cours d’eau ou un passage important. L’aspect naturel et défensif est renforcé par la pose d’obstacles : seconde muraille, fossé et branches épineuses de jujubier. Structurellement, bien qu’il y ait des variantes, le grenier collectif présente un tracé régulier (carré ou rectangle) rarement circulaire (Sidi Moussa) ou sous forme d’une tour à étage (Ighrem Fakhour). Les niveaux vont de deux à quatre avec des tours répétitives à chaque angle. La grande porte d’entrée souvent barricadée
s’ouvre sur le vestibule des réunions et d’accueil. De ce dernier, on pénètre dans une cour (ou allée) à ciel ouvert où sont disposées de chaque côté et à dans chaque niveau des cases destinées aux familles.
24
De point de vue gestion, le grenier collectif présente une rigueur à l’image de la société qui le gère. C’est une institution plus qu’une construction, administrée par une assemblée des élus qui applique stricto sensu le droit coutumier lui-même rédigé
sur des tablettes déposées au sein de la bâtisse. Il n’est pas rare que le grenier collectif soit mis sous la protection symbolique d’un saint marabout enterré en son sein, ce qui prohibe ipso facto tout meurtre, vol ou tricherie ; c’est un espace inviolable qui a, malheureusement, perdu toute sa signification utilitaire et sociale et sa raison d’être, d’où la nécessité de lui attribuer d’autres orientations de développement.
| Juillet 2010 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | |||||||
| 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | ||||
| 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | ||||
| 19 | 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | ||||
| 26 | 27 | 28 | 29 | 30 | 31 | |||||
|
||||||||||
Commentaires