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Jeudi 29 septembre 2005 4 29 /09 /2005 00:00

Par Takfarinas Abdellah - Ecrire un commentaire

LE JUDAISME BERBERE


L’arrivée des juifs en Afrique du Nord, sans doute en compagnie ou dans le sillage des navigateurs-commerçants phéniciens, remonte très loin dans le temps, sans qu’il soit possible de situer exactement la date à laquelle cette migration a commencé. Certains la font remonter à l’époque de Salomon (1er millénaire av. J.-C.), d’autres à la période qui a suivi la destruction du Premier Temple (587 av. J.-C.), d’autres encore à une date plus récente, après la destruction du Second Temple (70 de l’ère chrétienne).

Une première remarque s’impose : de tous les peuples qui, très tôt, ont commencé à se déplacer en Méditerranée d’Est en Ouest, seuls les Juifs n’avaient aucune visée conquérante ou colonisatrice et tout à fait paradoxalement, de tous les peuples qui se sont succédés, seuls ont survécu jusqu’à nos jours, s’infiltrant dès le début et s’intégrant dans la trame de la société et de la culture locales. Très tôt, ils essaimèrent depuis les comptoirs phéniciens côtiers vers l’intérieur des terres, s’insérant de manière organique dans chaque tribu, chaque village, s’imprégnant de l’environnement et l’influençant en retour.

Ironie du sort : ceux qui ont su et pu survivre à tous les bouleversements qui ont secoué la région, se sont trouvés, au milieu de ce siècle, impliqués, imbriqués dans un autre phénomène historico-politique non moins étonnant que leur survie. C’est celui du retour en masse des juifs du Maghreb et d’Orient, sous l’impulsion de la vague messianico-sioniste des années 50 et 60, vers la même terre qui a vu certains de leurs lointains ancêtres, plusieurs siècles auparavant, partir à l’aventure en compagnie des intrépides marins de Tyr et Sidon. Ici semble se clore un chapitre passionnant de l’histoire des migrations en Méditerranée. Fin d’une coexistence qu’évoquent avec nostalgie ceux qui sont restés sur place, beaucoup moins ceux qui sont partis vers leur nouveau-antique destin.

Le « printemps berbère », comme a été baptisé l’éveil ethno-culturel amazigh, constitue une motivation supplémentaire pour tenter d’élucider ce phénomène d’osmose entre le Maghreb pré-islamique et les premiers représentants du monothéisme que les Berbères ont rencontrés, ce qui les a probablement préparés à adopter plus facilement l’autre version du monothéisme, celle de l’islam. Cette rencontre judéo-berbère que certains auraient tendance à décrire comme un coup de foudre, présente des aspects énigmatiques que l’absence de preuves historiques irréfutables rend encore plus obscurs. L’intérêt très marqué de la part de certains militants pour le judaïsme, qu’ils considèrent comme une composante de leur identité, est à la fois un adjuvant et un danger. Une recherche plus poussée s’impose pour en savoir plus sur les affinités, les apports mutuels et les relations réelles entre la communauté juive minoritaire qui a conservé sa pleine et entière autonomie religieuse et culturelle, et la communauté berbère majoritaire qui, malgré son islamisation totale, a cependant conservé dans son patrimoine quelques traces indélébiles de son contact avec le judaïsme bien avant l’arrivée de l’islam.

Mais qui sont les Berbères ? Ont-ils toujours vécu en Afrique du Nord et aux abords du Sahara ? L’incertitude des historiens et des archéologues, l’insuffisance de preuves épigraphiques, laissent la place libre à l’imagination qui, de toute façon et traditionnellement, s’est donné libre cours, renforcée en cela par certains écrits juifs et arabes du Moyen Age. Ces écrits font état de légendes sur l’origine « cananéenne » des Berbères, dont l’ancêtre ne serait autre que le célébre chef militaire Goliath (en berbère Jalout). Le légendaire s’imbrique ici dans l’histoire, l’interprète, la pervertit, l’idéalise, favorisant l’exploitation idéologique, culturaliste. Il faut dire qu’il y a là une sorte de revanche de la part d’une civilisation dénigrée cherchant à se réhabiliter, en minimisant ce qu’elle doit à l’environnement culturel dominant et en amplifiant la dette qu’elle pense avoir contractée vis-à-vis d’une autre, dénuée, celle-là, de toute prétention à l’hégémonie. Mais il y a davantage : outre le mythe de l’origine juive (ou cananéenne), a cours une autre thèse reconnue plus ou moins comme historique, bien qu’encore insuffisamment attestée, selon laquelle les Berbères auraient été en partie judaïsés. Les divergences à ce sujet entre historiens vont bon train, principalement quand il s’agit de la figure historico-légendaire de la Kahina.

La société berbère semble avoir été l’une des rares à n’avoir pas connu l’antisémitisme. Le droit berbère, azref, dit « coutumier », contrairement au droit musulman (et au droit juif, soit dit en passant), est tout à fait indépendant de la sphère religieuse. Il serait, par essence, « laïque » et égalitaire, et n’impose aucun statut particulier au juif, alors que la législation musulmane fixe le statut du juif (et du chrétien) en tant que dhimmi, « protégé », soumis à certaines obligations et interdictions. Le juif occupait une place bien définie dans le système socio-économique du village berbère : il remplissait généralement la fonction soit d’artisan (orfèvre, cordonnier, ferblantier), soit de commerçant, l’une et l’autre occupation pouvant être ambulantes. Aujourd’hui encore, après trente ou quarante ans, les villageois de l’Atlas et des vallées sahariennes se souviennent avec nostalgie du temps où les juifs faisaient partie du paysage, allant jusqu’à imputer à leur absence la raison de leurs misères actuelles.

Peut-on en dire autant de l’image du Berbère musulman auprès de son ex-compatriote juif ? Rien n’est moins sûr. Il y a eu là comme un refoulement chez les juifs berbères immigrés en Israël quant à leur passé, dû sans doute à plusieurs raisons : leur nouvelle identité israélienne acquise « aux dépens » de leur précédente identité, les préjugés et quolibets qui frappaient et frappent encore les « chleuhs » (même en Israël). Leurs enfants et petits-enfants, nés en Israël, sont dans l’ignorance totale du patrimoine berbère de leurs parents.

Source: harissa.com

Jeudi 29 septembre 2005 4 29 /09 /2005 00:00

Par Takfarinas Abdellah - Ecrire un commentaire
JUDÉO-BERBÈRE

Haïm Zafrani
in Encyclopédie de l'Islam

Les Juifs berbérophones des pays chleuh et tamazight avaient, avec leurs dialectes vivants et un folklore qui n'a rien à envier à celui de leurs voisins musulmans, une littérature orale traditionnelle et religieuse dont il ne subsiste malheureusement que les quelques vestiges que l'auteur du présent article a recueillis à une date récente. Dans la vallée de l'Atlas, dans le Sous et aux confins sahariens (comme aussi, semble-t-il, dans certaines contrées algériennes et tunisiennes), ils constituaient naguère de petites communautés groupées dans des mellahs et établies là depuis des siècles sinon un ou deux millénaires. Aujourd'hui, on n'en trouve guère de trace ; depuis l'indépendance du Maroc, ils ont immigré en bloc en Israël.

Laissons de côté le problème de l'origine de ces communautés et l'hypothèse très controversée de la « judaïsation des Berbères » (H. Z. Hirschberg, Histoire des Juifs d’Afrique du Nord, Jérusalem 1965, 2 tomes en hébreu, et compte rendu dans Journal of African History, VIII/3, 1966), il nous importe de savoir que le berbère a été, jusqu’à ces dernières années, l’une des langues vernaculaires des communautés juives vivant dans la montagne marocaine et le Sud du pays. La plupart d’entre elles étaient bilingues (berbéro-arabophones) ; d’autres semblent avoir été exclusivement berbérophones, comme à Tifnut ; de cette dernière catégorie, nous connaissons quelques individus isolés, immigrés en Israël et repérés à Ashkelon. (Sur la distribution géographique des communautés juives du Maroc, notamment dans l’Atlas et le Sud marocain, et sur les migrations internes de leurs populations, voir H. Zafrani, Vie intellectuelle juive du Maroc, Pensée juridique et Droit appliqué dans leurs rapports avec les structures socio-économiques et la vie religieuse…, thèse de doctorat, dactylographiée, 210-21 ; sur les Juifs du Dadès et les autres communautés berbérophones, voir ibid., 171 sqq. et, du même auteur, Pédagogie juive en Terre d’Islam, Paris, 1969, 33-8). Dans la vallée du Todgha (Tinghir), dans la région de Tiznit (Wijjan, Asaka), de Ouarzazate (Imini), à Ufran de l’Anti-Atlas, à Illigh et ailleurs, non seulement le berbère était un parler juif de communication dans le milieu familial, social et économique et dans les contacts avec les autres groupes ethniques et confessionnels, mais il constituait aussi, à côté de l’hébreu, la langue de culture et de l’enseignement traditionnel qui l’utilisait pour l’explication et la traduction des textes sacrés comme le judéo-arabe ou le vieux castillan dans les communautés de langue arabe ou d’origine hispanique ; certaines prières, les bénédictions de la Torah entre autres, étaient dites uniquement en berbère, dont le rôle est attesté dans la liturgie pascale, ainsi que nous allons le voir. Une documentation écrite et sonore sur le folklore et la vie intellectuelle de ces communautés berbérophones a été réunie : quelques textes bibliques dans leur version hébraïque et berbère, cantiques liturgiques et chants de fêtes qui marquent les grands moments de l’existence juive (circoncision, bar-mitsva, mariage, etc.) et notamment la Haggada de Pesah, la pièce la plus importante et la plus précieuse de notre collection et qui présente à nos yeux un intérêt capital pour la connaissance des traditions linguistiques et culturelles d’un monde trop peu exploré quand il en était encore temps, appartenant à une diaspora longtemps ignorée et désormais irrévocablement disparue. (Une liste de ces documents a été publiée dans H. Zafrani, Compte rendu d’enquête, dans Journal asiatique, CCLII/1 (1964) ; nous en avons recueilli d’autres ultérieurement, en Israël même).

   
  Pierre tombale, Juifs de l'Anti-Atlas occidental.
Traduction : «Pierre tombale de l'honorable femme Hanina, fille de Isaac le Séfarade. Elle mourut sainte le vendredi 30 du mois de Sivan en l'an 5635 (1875), ... Puisse son âme...»
Photo : Musée royal de l'Afrique central (Belgique)
 

Ce dernier document est la version intégrale en berbère de la composition liturgique que les Juifs récitent au cours de la veillée pascale et dont le thème fondamental est l’histoire de la sortie d’Égypte, accompagnée du hallel (groupe des Psaumes CXIII à CXVIII qui entrent dans la liturgie des grandes fêtes et de certains jours solennisés). C’est une traduction traditionnelle, comme il en existe en judéo-arabe ou en ancien castillan, du texte hébraïque par rapport auquel elle présente néanmoins des variantes et des nuances d’interprétation. Le texte en a été transcrit, à Tinghir, dans la vallée du Todgha à une date récente (vers 1959), en caractères hébraïques carrés munis de voyelles (on ne connaît, à ce jour, aucun autre manuscrit transcrivant un texte berbère en caractères hébraïques). Certaines ambiguïtés et bizarreries morpho-syntaxiques qui en rendent parfois la compréhension difficile, sont consécutives au procédé habituel de la traduction littérale, aux « décalques » berbères du texte hébraïque, la récitation berbère recouvrant celle de l’original hébraïque, soulignée par le même rythme et la même mélodie. La langue de notre Haggada s’apparente à la tamazight, ensemble des parles des Berabers ; elle est néanmoins caractérisée par des traits composites qui en rendent difficile une localisation précise ; elle suppose l’existence d’une langue littéraire qui n’est pas le parler d’un groupe donné, ni d’une époque déterminée (voir P. Galand-Pernet et H. Zafrani, Une version berbère de la Haggadah de Pesah, Texte de Tinhir du Todhra (Maroc), Paris 1970, Supplément au tome XII des Comptes rendus du G.L.E.C.S.).

Bibliographie

Outres les références du texte,

  • H. Zafrani, Les langues juives du Maroc, dans Revue de l’occident musulman et de la Méditerranée, IV (1967), 175-88 ;
  • H. Zafrani, Littératures dialectales et populaires juives en Occident musulman, P. Geuthner, Paris.
  • Source: mondeberbere.com
Jeudi 29 septembre 2005 4 29 /09 /2005 00:00

Par Takfarinas Abdellah - Ecrire un commentaire
Aperçu socio-linguistique sur lamazighe au Maroc : une identité plurimillénaire

 

Pour mieux comprendre la situation sociolinguistique actuelle de l’Amazighe en Afrique du Nord, et plus précisément au Maroc, il est important de commencer par considérer le volet historique de cette langue. Les berbères sont les premiers habitants de l’Afrique du Nord (voir Ayache 1964, Julien 1972, Pascon 1977 et Laroui 1977, parmi d’autres).

Les royaumes berbères couvraient les territoires allant de l’Egypte jusqu’au sud marocain. De nombreuses civilisations berbères se sont succédées en Afrique du Nord jusqu’au septième siècle après Jésus Christ. L’identité berbère est donc pluri-millénaire et, par conséquent, constitue une composante de base de l’histoire de toute l’Afrique du Nord. Les travaux anthropologiques, archéo-logiques, sociologiques et linguistiques démontrent cette réalité.

L’arrivée de la première vague des arabes musulmans pendant le premier siècle de l’Hégire a constitué un tournant décisif dans l’histoire de la civilisation berbère sur tous les plans, notamment les plans religieux, culturel et linguistique. Les arabes ont introduit une nouvelle religion, l’Islam, une nouvelle langue, l’arabe, et une nouvelle culture, la culture arabo-musulmane. Volet historique Les royaumes et dynasties berbères ne se sont pas éteints avec l’installation des arabes en Afrique du Nord. Pendant toute la période qui sépare l’arrivée des arabes et le Moyen Age, beaucoup de dynasties berbères ont pris le pouvoir dans cette partie du monde. Trois d’entre elles méritent d’être citées : (1) les Berghouatas, (2) les Almohades et (3) les Almoravides. Pendant les règnes de ces dynasties, le berbère était utilisé dans tous les domaines. Cette langue était écrite en lettres arabes jusqu’au douxième siècle. D’après Chaker (1984), il y avait des textes juridiques, scientifiques et théologiques rédigés en berbère pendant cette période. En outre, le Coran a été traduit en berbère pendant cette période. Cependant, le véhicule officiel écrit des monarques berbères a toujours été l’arabe classique. Au long des siècles, le contact berbère-arabe a progressivement donné lieu à une forme de civilisation et culture hybrides. Cette civilisation a atteint aujourd’hui un tel degré de fusion qu’il est parfois difficile de qualifier quelques uns de ses aspects de purement berbères ou de purement arabes. En outre, des tribus berbères, comme les Ben Yazgha et les Doukkala, ont été complètement arabisées, et des tribus arabes, comme les Aït Seghrouchen, ont été complètement berbérisées. Mais durant des siècles, certaines tribus berbères sont restées intactes dans les régions montagneuses du Grand Atlas et du Rif. Le processus de l’islamisation et, par conséquent, de l’arabisation dans le sens linguistique du terme, a engendré la propagation du bilinguisme berbère-arabe. Ce type de bilinguisme est le résultat de deux facteurs essentiels : d’une part, la propagation de l’arabe dialectal qui s’est infiltré en Afrique du Nord par l’intermédiaire des soldats pendant le huitième siècle, et d’autre part, l’arrivée au douxième siècle d’arabes musulmans qui ont apporté avec eux une culture de "haute société", un type d’arabe dit "classique" ou "standard" et de "bonnes normes" d’apprentissage littéraire et coranique. L’interpénétration la plus importante des cultures berbère et arabe a eu lieu pendant les onzième, douxième et treizième siècles et était, de part sa nature, vouée à imprégner d’une façon définitive les sociétés nord africaines. Aujourd’hui, le bilinguisme berbère-arabe est l’un des traits les plus caractérisants de cette région du monde. Cette situation est rendue plus complexe avec l’arrivée des français au dix-neuvième et vinghtième siècles. Cette arrivée a naturellement occasionné la propagation de la langue française dans cette région. L’espagnol et l’anglais se sont ajoutés et le résultat est l’émergence d’une situation multilingue des plus complexes mais aussi des plus intéressantes. Volet Linguistique D’un point de vue synchronique ou actuel, les sociétés de l’Afrique du Nord sont multilingues. Quatre langues essentielles se partagent le champ linguistique dans cette région du monde : (1) l’arabe standard, (2) l’arabe dialectal, (3) le berbère et (4) le français. Les trois premières langues sont des langues nationales, alors que le français est une langue étrangère. A part ces quatre langues, l’anglais et l’espagnol sont aussi utilisées en Afrique du Nord, mais leur statut social n’est pas aussi avantageux que celui du français. Notons, cependant, qu’il y a une nette montée de l’anglais dans le Maghreb surtout dans le domaine de l’enseignement (voir Sadiqi 1991). Bien que l’arabe standard, l’arabe dialectal, le berbère et le français intéragissent dans la vie quotidienne des citoyens, leur emploi est souvent dicté par les propriétés sociolinguistiques qui leur sont propres. En d’autres termes, chacune de ces quatre langues a une valeur sociolinguistique déterminée qui émane de la nature des domaines dans lesquels elle est utilisée, ainsi que des fonctions qu’elle assure. Ceci s’explique par le fait que la coexistence de plusieurs langues dans une société donnée fait que généralement chacun des groupes parlants ces langues déploie des stratégies bien définies pour gagner le plus de valeurs matérielles et symboliques possibles (voir Bourdieu 1982 et Boukous 1995). En Afrique du Nord, il y a d’abord deux langues standards qui sont utilisées dans des domaines symboliquement et socialement prestigieux : l’arabe standard et le français. L’arabe standard est la langue normalisée, la langue officielle, la langue de la religion, la langue du pouvoir (exécutif, législatif et juridique), la langue de l’enseignement et la langue des médias. Parmi ces domaines, c’est le domaine religieux qui donne plus à l’arabe standard son statut prestigieux. Les nord africains (berbères et arabes) sont musulmans et, par conséquent, considèrent l’arabe comme étant la langue sacrée et le véhicule de l’Islam. De ce fait, l’arabe standard est ipso facto la lingua franca par excellence dans tout le monde arabo-musulman. Bien que le français soit une langue étrangère, il est considéré comme une langue "seconde" et, de ce fait, relègue l’anglais et l’espagnol au niveau des langues purement étrangères. Le français véhicule la modernité, l’ouverture, le savoir et le savoir-faire. Les valeurs symboliques et sociales associées à ces aspects du français sont souvent valorisées et engendrent une attitude plutôt positive envers cette langue bien que les séquelles de la colonisation soient toujours plus ou moins ressenties dans les sociétés maghrébines (voir Ennaji 1991). En plus des deux langues standarisées, il y a deux langues maternelles en Afrique du Nord : l’arabe dialectal et le berbère. L’arabe dialectal varie d’un pays à un autre et parfois d’une région à une autre dans un même pays, mais partout dans le monde arabe, il est en situation diglossique avec l’arabe standard : alors que ce dernier est utilisé dans les domaines-clés, l’arabe dialectal est utilisé dans les domaines informels et transactionnels, ainsi que dans les médias "populaires". Quant au berbère, il est parlé dans l’aire géographique qui s’étend de l’Oasis de Siwa et d’Augilia en Egypte jusqu’au sud marocain, mais c’est en Afrique du Nord, plus précisément en Algérie, et surtout au Maroc, que se trouve la plus grande communauté berbérophone. En effet, c’est le Maroc qui compte le plus grand nombre de berbérophones dans le monde. Les autochtones de ce pays parlent le berbère qui continue à survivre malgré la succession des civilisations punique, romaine, vandale, byzantine et arabe. La survie actuelle du berbère est essentiellement due à la force et au dynamisme qui caractérisent les langues maternelles. La population berbère n’est pas concentrée dans une zone bien déterminée ; elle s’agglomère dans des zones discontinues. On peut cependant isoler quatre groupes majeurs : (1) le Maroc qui compte le plus grand nombre de berbérophones (50% de la population d’après Boukous 1995), (2) l’Algérie où 25% de la population est berbère d’après Chaker (1990), (3) les populations touaregs des pays sud-sahariens du Niger, Mali et Lybie et qui s’élévent à 1 million et (4) des populations éparpillées en petits groupes en Tunisie (environ 100.000), en Mauritanie (environ 10.000) et à Siwa en Egypte (environ 30.000) d’après Chaker (1990) .

Note * Professeur de l’Enseignement Supérieur. Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès 1. Les sociolinguistes contemporains considèrent qu’il y a trois types d’arabe : (1) l’arabe classique ou l’arabe du Coran et de la littérature pré-islamique, (2) l’arabe standard ou littéraire, qui est utilisé dans les domaines-clés comme le gouvernement et les médias, et (3) l’arabe dialectal qui varie plus ou moins selon les pays arabes.

Par Fatima Sadiqi*  pour lematin.ma

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